Internet et pédagogie :
créer du sens
Thierry Lebeaupin

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Internet et l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ou aujourd'hui technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement (TICE) ont fait naître des engouements démesurés tout comme des peurs exagérées. Une polarisation sur l’aspect technique risque à nouveau de nous faire passer à côté du sujet alors que ces TICE nous proposent des moyens pour enseigner et apprendre autrement ou comme comme le dit Monique Linard jeter un pont possible entre faire et dire  à condition de tenir compte de la culture éducative et professionelle en contexte et de ne pas se construire une vision fantasmée des TICE.

Il nous faut tout d’abord réfléchir sur les possibilités qui s'offrent à nous, et sur notre manière d’envisager notre rôle au service de l’enseignement et de l’apprentissage, afin de mieux saisir ensuite les enjeux pédagogiques et de mieux percevoir les différentes catégories d'activités possibles dans toutes les disciplines et plus particulièrement en FLE

- Réfléchir sur Internet et ses multiples utilisations nous oblige avant tout à sortir d’une pensée magique savamment entretenue autour de la technique dès que celle-ci nous propose ses produits et à bien comprendre les effets dévastateurs que cette pensée produit sur la communication. (1). Cela interroge les liens de dépendance que nous entretenons avec la technique et à bien saisir qu’en termes pédagogiques aucune technologie n’implique, ni ne génère automatiquement de saut qualitatif en soi. Cette mystification technologique risque au mieux d’ancrer davantage des pratiques en vigueur qui sont celles de la compilation et du « golf pédagogique » à trous multiples où l’interactivité n’est paradoxalement pas un échange.

- Réfléchir sur Internet nous oblige à percevoir combien information ne signifie ni communication ni connaissance. Cela touche notre conception du Savoir et la relation que nous entretenons avec lui (savoir et pouvoir). La connaissance est-elle un préconstruit qu’un individu transmet à un autre ou une élaboration personnelle que chacun se crée en allant à la rencontre du monde ? Quelle est la place exacte de l’enseignant dans cette recherche ? 

- Réfléchir sur Internet et ses utilisations impose donc changement de paradigme en formation  et de penser pédagogie d'abord, car c'est le projet qui compte avant tout.  Cela concerne notre conception de l'apprentissage et de l’enseignement de manière générale. En effet une tête bien faite n’est pas un disque dur, une simple mémoire. La médiation humaine vers l’élaboration de connaissances, sera toujours indispensable. Il reste peut-être à redéfinir le lieu d’intervention et les moyens de cette médiation. Se situe-elle au niveau des contenus ou de la méthode ? Comment avec les TICE, mener l'apprenant vers plus d'autonomie ?
 

Selon les réponses que nous apporterons à ces questions, qui sont préalables à l’utilisation des TICE, notre approche d’Internet sera différente; mécanique et essentiellement verticale dans un cas, elle sera relationnelle, systémique, constructiviste dans l’autre. Ces deux approches ne s’excluent pas. Les deux existent et chacune privilégie des choix pédagogiques différents

Bien qu’on ne puisse nier que d’un côté Internet creuse les inégalités, l’accès y étant réservé à ceux qui savent lire, et parmi ceux qui savent lire à ceux qui sont reliès au réseau, il permet cependant de faire se rencontrer des communautés ayant des objectifs communs… Ainsi étudiants et enseignants sont-ils concernés et ont-ils tout à gagner à se connecter.

Par ailleurs introduire les TICE ou Internet dans tout système éducatif reste un processus complexe qui exige pour innover, des adaptations pédagogiques et institutionnelles (nouvelle structuration des programmes, pratiques et habitudes, autre distribution du temps en fonction des activités et de leur fin), techniques (formation des enseignants), de reconnaissance (prise en compte des places, tâches et objectifs respectifs de l’enseignant et de l’apprenant).

Internet médium et non outil 
Tout d'abord Internet n'est pas une machine mais avant tout grâce au courrier électronique un médium relationnel. Si Internet utilise l’outil qu’est l’ordinateur, le médium ne peut être réduit à cet outil. Face à  l'isolement Internet accélère la mobilité de l'information. 

En fait Internet est déjà et sera avant tout utile à ceux qui veulent partager leurs expériences, échanger et créer du matériel pédagogique. Si face à l'isolement, Internet accélère la mobilité de l'information, cette force virtuelle dépend avant tout d'un dynamisme interpersonnel. Par delà l'espace et le temps, Internet dynamise ainsi les médias déjà existants en leur donnant une cohérence systémique relationnelle. 
Cette dynamique concernera par exemple divers groupes d’enseignants de FLE souhaitant travailler ensemble et produire leurs propres outils didactiques adaptés à leurs situations. Ces groupes pourront ainsi malgré la distance constituer des listes de diffusion, élaborer de concert du matériel en se répartissant le travail pour parvenir rapidement à la conception d’exercices ou de maquettes de manuels. Internet peut être ainsi un vecteur de travail collaboratif et d'apprentissage à distance.

Cette dynamique concernera également les étudiants, cherchant à s’informer et à se forger des connaissances; parcours durant lequel les enseignants seront leurs guides momentanés sur le chemin d’une sémantisation toute personnelle des informations collectées. On peut ainsi penser qu’à long terme la mobilité de l'information pourra devenir un facteur de responsabilisation et donc de démocratisation contre l'élitisme d'une part et contre le nivellement de l'autre. 

Dynamique socioconstructiviste du savoir
"Errare humanum est" alors surfons ! Errons et apprenons en construisant du sens. La connaissance n’est-elle pas cette mise en ordre personnelle de ce que nous percevons du monde et la communication, ne naît-elle pas de ce besoin que nous avons de partager et de confronter cette organisation personnelle avec d’autres pour l'enrichir ? 

Appréhender Internet et ses enjeux réels en pédagogie oblige à penser l'apprentissage et l'enseignement autrement, en particulier dans une perspective constructiviste selon laquelle les connaissances ne sont pas réductibles à un transfert qui irait de quelqu'un qui sait vers quelqu'un qui ne saurait pas, mais représentent plutôt le résultat d'un mouvement personnel de quelqu'un, l’apprenant, qui, à partir de son vécu, va intégrer de manière personnelle quelque chose de nouveau à ses connaissances antérieures et les modifiera; le tout se réalisant grâce au médiateur, l’enseignant, qui lui montrera divers chemins possibles et le responsabilisera dans celui qu’il apprend. 

N’oublions pas à ce propos qu’un enfant se souvient de
 5% de ce qu'il écoute,
18% de ce qu'il lit mais de
80% de ce qu'il fait et de
90% de ce qu'il peut expliquer. Il retient ce qu’il explique.
Si surfer laisse la vague diriger, naviguer implique une direction, un cap...les deux sont utiles à la recherche active (l'intuition et l'objectif). Comme se plaît à dire Fransisco VARELA(2) en citant le poète MACHADO, la connaissance ressemble au chemin parcouru, devant, il n'y a pas de traces ni de balises.... " Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se construit  en marchant...". C’est ce qu’en cognitiviste il nomme l’énaction. 

Du chaos de l'information livrée pêle-mêle, la connaissance se construit et se structure ensuite en fonction de ce projet. Beaucoup se plaignent de ce chaos; il est en fait le point de départ nécessaire vers cette construction du sens…Bien sûr la profusion d'informations risque de détruire l'Information elle-même, d'où l'importance d'apprendre à sélectionner, trier, classer ces informations éparses pour qu’elles prennent sens en mettant en relation différents éléments d’où finit par émerger une certaine vision des choses, une certaine connaissance, celle de celui qui aura créé ces relations, effectué ce tri. N’est-ce pas là que se situe le rôle de l’enseignant capable de fournir les outils intellectuels nécessaires à ce travail, les « grilles de lecture » permettant de créer une mise en forme cohérente, un sens ?. 

Pédagogie  de coopération: penser "réseau"
Internet peut constituer un moyen de socialisation et d'interaction à distance tout à fait particulier. Ce médium incite à une personnalisation des contenus dans leur organisation. Créer une page Web permet de conceptualiser son vécu pour le présenter aux autres. En fait on retrouve ici certaines pratiques de la pédagogie Freinet (interaction et collaboration). 

L'internaute accède ainsi à un mode de communication réseau qui permet le partage, facilite les échanges et suscite la collaboration. Il s'agit de développer de "l'intelligence collective" voire "connective" et de multiplier ainsi les connaissances de chacun car le travail d'un nombre N d'individus ensemble est supérieur à celui de ces mêmes individus isolés (3)

La contribution des TICE aux dimensions culturelles et interculturelles ainsi qu'au développement de valeurs d'ouverture à autrui et d'autonomie pourra donc s'avérer considérable au niveau européen et mondial. Là encore la technique n'arrive qu'en second lieu, au service d’un projet et d'une éthique des TICS qui nous éloigne de la fascination magique menant au contraire à des conduites addictives et nous oblige à préciser certains enjeux et paradoxes de l'autonomie.

Veut-on partager le savoir et collaborer entre profs, puis entre profs et élèves ? L'enjeu n'est plus non plus technique à ce niveau mais concerne là encore la volonté ou le désir d’agir dans cette direction. C'est surtout là que résidera le changement qui permettra ainsi de ne pas laisser sur Internet, tout l'espace aux commerçants.

 




Évolution des tâches de l'enseignant

Les enjeux pédagogiques ne concernent donc pas le médium lui même mais bien le rapport que nous entretenons avec le Savoir et sa « diffusion » ou plutôt à sa construction, en vue d'un développement possible de l'autonomie ou au contraire de dépendances multiples. A ce niveau encore, rien de bien nouveau. Si l’ordinateur est trop souvent arrivé dans les écoles sans prévenir et son utilisation imposée sans débat, il a pu largement déstabiliser plus d’un enseignant et parfois provoquer le rejet. L’arrivée d’Internet nous permet pourtant de nous reposer simplement quelques questions fondamentales et d’interpeller les réponses que nous y apportons ou que nous éludons. 

Pour que l'information devienne connaissance, il faut orienter l'étudiant dans ses recherches, lui apprendre à apprendre, l'aider dans son cheminement vers l’établissement de ses connaissances pour qu'il les mette en forme (in-former) et se responsabilise dans son apprentissage en effectuant ces tâches de structuration. C'est le travail de l'école, c'est également celui de l'Université. Internet brasse l'information, la rend accessible mais ne contribue en rien à la formation des connaissances, qui dépend, elle, d’une formation reçue par ailleurs. L'intelligence, c’est à dire la capacité à relier les informations de façon originale et non simplement à les mémoriser, se développe avant tout par le contact humain, par le biais entre autres, de pédagogues capables d'exposer l'étudiant à une culture moins dépendante, plus critique. Il ne s’agit pas là simplement de contenus mais de leur questionnement.Les enseignants doivent être préparés à ces mutations de leur rôle que va exiger Internet. 

Ces tâches devront abandonner une vision éducative réduite à une simple transmission d'un savoir détenu par le maître pour s'orienter vers une aide à la création de savoirs. Si les jours de "l'enseigneur" sont peut-être comptés, comme le dit Philippe CARRE à propos de  l'autoformation, ceux du pédagogue qui voit ses tâches se transformer de manière créative, ne sont pas en danger. Il est bien évident que les enseignants qui ont peur des nouvelles technologies aujourd’hui et craignent qu’elles prennent leur place sont ceux qui déjà se limitent à une conception bancaire du savoir. Le débat n’est en somme là encore, absolument pas technique. 

Dans l'immédiat, la connexion sur le réseau Internet sert surtout à des fins d'information (accès à des bases de données, à des sites de ressources éducatives) et de communication (courrier électronique, forums de discussion). Lisez ce Vademecum pour une didactique de l'internet.

D'autres pistes existent et parmi elles le travail collaboratif évoqué dans ces lignes. En FLE quelques exemples d'activités  et de  scénarios apparaissent. Des projets pédagogiques prennent forme et des réseaux d'entraide se créent ainsi que des plateformes de formation à distance.

(1)  lire Dominique WOLTON "Internet et @près" une théorie critique des nouveaux médias  Flammarion
(2) voir le site de Fransisco VARELA et les articles indexés ci-dessous
(3)  voir le site "Pour une école branchée " indexé ci-dessous

Afin de poursuivre cette réflexion :


"Le cerveau n'est pas un ordinateur. On ne peut comprendre la cognition si l'on s'abstrait de son incarnation"

L'esprit nest pas une machine

Francisco Varela 
Programme thématique de recherche sur les usages des TIC dans l’enseignement supérieur
Monique Linard
Site des scénaristes 
Université de Montréal 
Pour une école branchée
Coordination: Vincent Tanguay, SAI 

PRATIQUE DU MULTIMÉDIA

La main à la pâte

BIOGEO

Formation à distance


 



 
 

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